Préface à l'ouvrage intitulé PATRIOTISME & ENDURANCE - LETTRE PASTORALE DE S. E. LE CARDINAL MERCIER - NOEL 1914 et édité par la Librairie Internationale Catholique aux établissements BREPOLS sa (Turnhout - Belgique) en 1921.

C'était à Noël 1914. En dépit de Liège, de la Marne et de l'Yser, la Puissance militaire allemande demeurait formidable, les Alliés prévoyaient la longue et dure lutte qui allait suivre ; le poing d'acier de l'occupant serrait à la gorge la Belgique avec une férocité de jour en jour croissante ; les neutres tremblaient.

Alors une voix s'éleva - la voix du plus haut représentant de Dieu en Belgique. Ce que cette voix allait dire l'oppresseur le pressentait - et qu'elle apporterait le réconfort aux victimes et qu'elle serait impitoyable pour les bourreaux et que par delà les fils de fer barbelés et électrocuteurs cette voix irait sanctifier les luttes de nos soldats, soutenir les pas de nos exilés sur les chemins étrangers, édifier l'univers et fixer d'ores et déjà l'opinion de la postérité. Artisans de mensonges et messagers de mort, nos ennemis tremblaient d'avance devant la parole de vérité et de vie du Prince de l'Eglise.

Et ils recoururent à l'arme constante des tyrannies : le baillon !

Les prêtres qui firent écho à la parole du Cardinal [Joseph Mercier) furent arrachés de leur chaire ; les imprimeurs et éditeurs qui donnèrent à cette parole les ailes de l'imprimé furent poursuivis et condamnés, et à côté de ces autres "traques" l'Allemagne organisa la "traque" au mandement épiscopal.

Jugeons aujourd'hui les résultats de cette politique aussi vaine qu'arbitraire; la lettre pastorale Patriotisme et Endurance est là immortellement debout comme notre plus grand témoin et leur plus grand accusateur devant l'Histoire !

La lettre pastorale est un chef-d'oeuvre - chef-d'oeuvre de pensée et chef-d'oeuvre de style. Une langue souple et ferme, tour à tour nerveuse et vibrante drape ces développements successifs et harmonieux où à un "procès verbal" implacable des crimes allemands, succède le plus haut enseignement de philosophie morale devant l'épreuve et dont la conclusion constitue l'évangile exemplaire du Patriotisme chrétien.

Une telle oeuvre - qui fut un grand geste - dépasse les circonstances qui l'imposèrent, si formidables et si émouvantes fussent-elles ; elle participe dès lors à l'éternité même des idées qui l'inspirèrent.

Pour cela la lettre pastorale méritait d'aller vers la postérité dans un revêtement digne d'elle - et que l'Art, dans sa forme la plus pure, se fasse la compagne de son immortalité !

Sur les hauteurs solitaires de Maredret, les Moniales de Sainte Scolastique se vouent depuis de longues années, dans l'intervalle du chant et de la prière, au travail fervent et patient de l'enluminure ; ayant retrouvé le secret des vieux ors chatoyants et du mariage délicat des couleurs, les pieuses artistes illustrent les textes sacrés des images ingénieuses, naïves et somptueuses de jadis... Je me souviens qu'il y a quelques années, à l'exposition d'Art religieux, organisé par Durandal - et en vue de laquelle je dus faire violence à la modestie des Moniales - les travaux de l'atelier mystique de Maredret furent, pour les visiteurs, une surprenante révélation de Beauté ! C'est ce même Art, perfectionné encore par l'expérience que les filles de Saint Benoît ont mis au service - avec quelle joie religieuse et patriotique ! - de la pensée du grand Cardinal de Belgique.

Imaginez, au cours de la tragique aventure, les longues heures de labeur où, dans le silence et la solitude, les délicats pinceaux s'attachèrent à transposer en images touchantes ou vengeresses, toutes les douleurs qui pleurent et toutes les fiertés qui s'affirment dans la lettre pastorale ; soulignant de synthèses esthétiques les impitoyables vérités que le Cardinal obligea les oppresseurs à entendre, les Moniales se livraient à quel travail dangereux et qui, découvert, eût pu leur valoir de terribles représailles !

En vérité, il y eut un jour une alerte : dans la paix des cloîtres, retentirent des bruits d'éperons sur les dalles et des cliquetis de sabres : c'était le Maître de la guerre lui-même encore enivré de tout le présomptueux orgueil de son rêve d'omnipotence qui se présentait devant les grilles du parloir. Ce qui se passa entre Guillaume II et l'Abbesse de Maredret l'un n'a garde de le révéler et l'autre a l'humilité de ne pas le dire... Soyons sûrs en tous cas que dans les yeux droits et clairs de son interlocutrice, le bourreau de la Belgique lut une leçon d'honneur et de justice que son vertige de domination rendit d'ailleurs inutile.

Considérons avec l'admiration due aux choses vraiment belles, le cadre si richement et si finement évocateur que les Moniales de Maredret ont donné à la lettre pastorale du Cardinal Mercier.

Et ne ménageons pas non plus à leur effort, notre profond respect : pendant les longues années où la Belgique eut à souffrir et à se défendre, elles communièrent, par le culte de l'Art, avec l'héroïsme de nos soldats et le martyre de notre peuple.

Et leur oeuvre est la transposition en Beauté autant de leur Patriotisme que de leur ferveur religieuse.
 

Firmin Van den Bosch,
procureur Général près les Juridictions Mixtes d'Egypte


Il a été tiré de cet ouvrage 500 exemplaires sur papier Alexandra Japon, numérotés de 1 à 500, portant le nom du souscripteur, et 750 exemplaires sur papier Hollande, numérotés de 501 à 1250.

Chaque ouvrage contient un cahier reprenant la lettre pastorale du Cardinal Joseph Mercier ainsi que les 35 planches en couleurs reproduisant le remarquable travail des moniales de l'abbaye de Maredret dans leur atelier d'enluminure.

L'exemplaire présenté ci-dessous porte le numéro 983.
 

L'empereur des Allemands, Guillaume II, est venu visiter les Abbayes de Maredsous et de Maredret et l'école des métiers d'art le 23 juin 1916, veille de l'Adoration de Maredret. Il y avait 7 automobiles ; ils venaient du côté d'Ermeton, sont passés à Sosoye et se sont arrêtés quelque temps vis-à-vis du vieux Château-fort, aujourd'hui en ruines, de Montaigle, au-delà de Marteau.

Extrait du Liber memorialis de l'abbé Jean Bruyr, curé de Sosoye, Maredret et Foy-Marteau de mai 1910 à juillet 1935, 1er cahier, page 59.
 






Planche 1.

En haut
La Sainte Trinité. Dieu le Père bénit
le Cardinal Mercier, qui lui offre ses écrits.
Le Roi Albert présente son épée
au Dieu des armées.
Dans le fond, les Papes Pie X et Benoît XV.


En bas à gauche
Le Cardinal Mercier épanche sa douleur
au pied du crucifix.


En bas à droite
S. S. Benoît XV accorde sa première bénédiction
à la Belgique.

 



Planche 2.

En bas à gauche
Un des nombreux sacrilèges commis
au diocèse de Namur :
à Ethe, le 23 Août 1914, les Stes Hosties
sont jetées dans un buisson ;
elles y restent pendant cinq jours.

En bas à droite
La ville de Tournai est frappée
d'un impôt de deux millions.
D'un même élan, les pauvres et les riches
apportent leur argent, pour payer l'amende.
La rançon payée, l'évêque de Tournai,
Mgr Walraevens, et dix Conseillers communaux
sont emmenés en otages.
 



Planche 3.

Scène de pillage. - Martyre de prêtres :
l'Abbé Piette, curé de Sorinne, le curé de Jamoigne,
le curé et le vicaire d'Yzet, d'autres et d'autres
sont mis à mort. - La population civile est massacrée.
Les statues, les images saintes sont détruites
à Houx, à Ethe, à Hastière par delà...

 



Planche 4.

En haut
Saint Michel chasse du ciel les ennemis de Dieu.

En bas
Anvers est évacué. Quarante braves restent
à leur poste pour couvrir la retraite.
Ils combattent l'arme dans une main,
le chapelet dans l'autre.
Tous ont la vie sauve.
 



Planche 5.

Le Roi décore, à l'Yser, le drapeau du 7e de ligne.
(22 octobre 1914.)

 



Planche 6.

En haut à droite
Jonas sortant de la baleine, symbolise la délivrance.

En bas
Sur les indications de l'éclusier Henri Geeraert,
le génie belge provoque l'inondation de l'Yser.

 



Planche 7.

Les Aumôniers donnent aux soldats l'absolution
avant la bataille. Le comte Charles d'Assembourg,
qui fut tué le 11 octobre 1915,
ramène à Dieu un camarade. - Derrière le front,
les mères et les enfants prient.

 



Planche 8.

En haut à gauche
Job, modèle de patience, est torturé par le démon ;
sa femme l'excite à maudire Dieu.

En bas
Les habitants de Louvain, d'Aerschot, de Dinant,
de Tamines, pleurent sur les ruines
de leurs villes détruites.

 



Planche 9.

En haut
L'aigle s'acharne sur l'Agneau.

En bas
La population civile est massacrée. Au rocher Bayard,
à Dinant, six enfants de deux ans et au-dessous,
sont tués dans les bras de leurs mères.
Des hommes sont contraints, sous menace de mort,
de creuser la tombe de leurs concitoyens
(Aerschot, Dinant).

Les religieuses fuient devant l'ennemi,
emportant le très Saint Sacrement :
Louvain, Lummen, Dixmude, Visé, etc.

 



Planche 10.

En haut à gauche
Armoiries de l'Alma Mater.

En bas
Louvain est mis à sac : les Halles et la Bibliothèque
de l'Université sont incendiés.
Les civils sont emmenés en captivité.
La soldatesque met le feu aux maisons.

 



Planche 11.

Au milieu à droite
Le saint vieillard Eléazar préfère mourir
que de déshonorer ses cheveux blancs.

En bas à gauche
Dans l'Eglise de Leignon, un prêtre est enfermé
pendant 24 heures dans un confessionnal,
il est en butte aux outrages des officiers allemands.
Un chanoine prémontré de Dinant est cravaché.
Le baron de Villenfagne de Sorinne est lié
sur la civière des morts et maltraité.

En bas à droite
Dom Bernard Gillet, moine de Maredsous,
que deux soldats allemands étaient venus chercher
sous prétexte d'assister un mourant,
tombe dans une embuscade à Anloy,
le 22 Août 1914.
 



Planche 12.

Sous le coup de l'épreuve, les prières se multiplient
et deviennent plus ardentes.

 



Planche 13.

Dans les Monastères, on prie sans relâche,
attendant l'heure où il plaira à Dieu d'intimer
à l'envahisseur l'ordre de se retirer.

 



Planche 14.

Exécution en masse de la population civile :
Dinant, Tamines, Surice, Andenne, Aerschot,
Tintigny... Les victimes sont poursuivies
et massacrées jusque dans les grottes
où elles cherchent un refuge.

 



Planche 15.

En bas à gauche
Mort de l'Abbé Laisse, curé de Spontin,
le 23 Août 1914.

En bas à droite
L'Abbé Baelde, curé de Leffe (Dinant),
remet la Sainte Eucharistie à une pieuse jeune fille
de sa paroisse. Pendant dix jours elle l'apporte
quotidiennement aux prêtres et religieux emprisonnés
à Dinant.

 



Planche 16.

En haut à gauche
Le Hibou, symbole de la Félonie.

En haut à droite
David et Goliath : la Belgique et le géant germanique
en face l'un de l'autre.

En bas
La nuit du 2 Août 1914. Le Roi réunit le conseil
des Ministres et les chefs de l'armée ;
il leur communique l'ultimatum allemand.
Un courrier part, emportant la réponse :
"Tu ne passeras pas." - L'appel aux armes.

 



Planche 17.

Défense héroïque de Liège. Premier contact
entre l'armée belge et les troupes allemandes,
qui sont d'abord repoussées.

 



Planche 18.

Novembre 1910. Visite de Guillaume II au Roi Albert
à Bruxelles. Entretemps Krupp prépare ses Canons.

 



Planche 19.

Le Cardinal Mercier se rend auprès des blessés
dans les ambulances, il les réconforte et les bénit.

 



Planche 20.

En bas à gauche
François de Briey, mortellement blessé,
remercie les brancardiers et les prie de s'occuper
plutôt des autres, ajoutant que pour lui
il n'y a plus rien à faire.

En bas à droite
La Reine Elisabeth soigne les blessés.
 



Planche 21.

Au milieu à droite
Soldat arrivant à la porte du ciel et n'ayant de bon
 que son épée ; il la met dans le plateau
de la balance et est sauvé malgré les efforts
du démon.

En bas
Champ de bataille : les héros tombés chrétiennement,
reçoivent de la main des anges des palmes et
des couronnes. Parmi ceux-ci :
Edouard de Hemptinne, Henri de Villermont,
prince de Ligne, les deux frères Verwilghen et
Wolfgang d'Ursel.

 



Planche 22.

En haut
Le prophète Habacuc nourrit Daniel dans la fosse
aux lions, image de l'Amérique sauvant de la famine
nos populations opprimées.

En bas
Enrôlement des volontaires : ils s'arrachent
à leurs familles et suivent le Roi.
Blason des Lhoneux. - Blason des Liedekerke,
qui ont donné onze volontaires à la Patrie.

 



Planche 23.

En bas à gauche
Les Régiments français se laissent décimer plutôt
que de tirer sur les civils dont les Allemands
se font un rempart : Tamines, Rossignol, Saint-Léger,
Marchovelette, Halanzi, Musson.

En bas à droite
Bethmann-Hollweg et Sir Goschen, la scène dite
du "chiffon de papier".

 



Planche 24.

En haut
Armoiries de la ville d'Ypres.

En bas
Le Roi dans les tranchées. La reine Elisabeth
console et encourage les infortunés qui fuient
les territoires envahis.

 



Planche 25.

Au milieu à droite
La Reine Esther se présente devant Assuérus et
sauve sa patrie.

En bas
Les premiers combats de l'Yser.
Les flottes anglaises et françaises appuient
les combattants.

 



Planche 26.

En haut à gauche
Armoiries de la ville d'Anvers.

En bas
La prise d'Anvers : l'armée allemande entre
d'un côté, le Roi et l'armée belge sortent de l'autre.

 



Planche 27.

En haut à droite
Mardochée refuse de se prosterner devant Aman.

En bas
Réquisitions. - Enlèvement des arbres.
 



Planche 28.

Le curé de Mettet, accompagné de deux religieuses
françaises, Soeurs de l'Assomption, se porte sur
le champ de bataille, au secours des Turcos,
qui reçoivent le baptême avant de mourir.
Août 1914. - L'Ange, portant la robe blanche
du Baptême, attend les turcos, pour les mener droit
au Paradis.

 



Planche 29.

En haut à droite
Judith coupe la tête à Holopherne.

Au milieu à droite
S. Joseph patron de la Belgique.

En bas
Dévouement et héroïsme des Aumôniers et brancardiers
durant les combats. Blason des del Marmol.

 



Planche 30.

L'Amérique, le Japon, l'Espagne et les autres pays
neutres viennent au secours de la Belgique.
Les enfants même apportent leurs dons.

 



Planche 31.

En haut à droite
L'arche de Noé figure de la Sainte Eglise.

Au milieu à droite
Armoiries de S. S. le Pape Benoît XV.

En bas
Le Comité Américain "Relief of Belgium", distribue
vivres et vêtements à la population. On remet
aux enfants les jouets envoyés
par les petits Américains.

 



Planche 32.

En haut à gauche
Le Roi est à sa table de travail, le Prince Léopold
monte la garde
.

En bas à gauche
Mgr Heylen, évêque de Namur, retenu comme otage
dans l'hôtel de ville en feu, se sauve avec
plusieurs prêtres, par un balcon. Un pompier belge
tombe à cet endroit, Mgr Heylen lui donne
l'Extrême Onction. - 24 Août 1914.

En bas à droite
Le comte de Lévignan, bourgmestre de Houx,
est attaché, les yeux bandés, sur une mitrailleuse.
Son écharpe tricolore est foulée aux pieds. - 15 Août.

 



Planche 33.

En haut à droite
L'Abbé Pierret, curé d'Etalle, pendu par les Allemands
le 22 Août 1914.

En bas
Le Père Dupierreux, jésuite, fusillé à Tervueren,
le 27 Août 1914 ; son frère et ses compagnons
sont témoins de son exécution.

 



Planche 34.

Au milieu à gauche
Notre-Dame de l'Yser.

En bas
Reconstruction des églises et des villes.
 



Planche 35.

En haut à droite
L'Abbesse et les Moniales de Maredret offrant
ce manuscrit au Seigneur.

Au milieu à droite
S. Jean-Baptiste, patron du Monastère.

En bas
Procession d'action de grâces.