Le Liber memorialis, composé de 3 cahiers manuscrits, a été rédigé de 1910 à 1938 par l'Abbé Jean Bruyr, curé de Sosoye, Maredret et Foy-Marteau de mai 1910 à juillet 1935.
 



Partie supérieure de la couverture
du Liber memorialis.
 

A part quelques notes prises durant la première guerre mondiale, la plupart des informations sur celle-ci ont été écrites après l'armistice du 11/11/1918.

Les textes manuscrits ont été transcrits en respectant le plus possible la graphie des documents originaux et en conservant la chronologie suivie au fil des pages par l'auteur, lequel s'est parfois permis de revenir sur des événements passés ou d'anticiper sur des événements qu'il a rédigé par la suite ou qu'il envisageait de décrire ultérieurement.



[Page 14].

A l'effet d'obtenir la protection du ciel pendant la guerre, nous avons fait en 1915, le dimanche après-midi, divers petits pèlerinages à différentes chapelles de la paroisse : ils ont été bien suivis : il y avait à ces réunions pieuses de deux à trois cents personnes. Le programme était : récitation du chapelet, sermon et chant de cantiques. Ces différents pèlerinages furent au nombre de 22, depuis mai jusque novembre 1915. On alla aussi plusieurs fois dans les églises des Bénédictins et des Bénédictines.-

Premier cahier.


 

[Page 22].

Les soldats tués sur la Commune de Sosoye-Maredret, le 24 août 1914, Belges et Allemands, ont été exhumés et conduits le 24 novembre 1917 dans le cimetière nouveau, fait exprès, à Maison-St Gérard, près de la ferme de Liben. Nous en reparlerons quand nous aurons, après la guerre, plus de détails sur ces soldats.

Premier cahier.


 

[Page 29].

Notes relatives à la guerre 1914-1918, donnant en résumé ce qui s'est passé dans la paroisse de Sosoye, pendant cette période.-

I Dans ce qu'on appelle vulgairement les Floyes, un peu plus loin que le vieux Château-fort de Montaigle, en allant vers Warnant, vers après la réunion du Flavion à la Molignée, entre deux des nombreux ponts du Chemin de fer, dans une petite prairie le long de la grand'route, prairie appartenant à Mr Joseph Couturier - Falmagne, ont été fusillés trois hommes de Haut-le-Wastia ; voici leurs noms, que me donne Mr Emile Collot de Sosoye : 1. Narcisse Borsut, environ 60 ans 59 ans, marié [mots ajoutés ultérieurement : à Marie Danthine], a encore sa femme, et deux enfants, deux jeunes filles ; 2. Ambroise Léonard, environ 45 ans, marié [mots ajoutés ultérieurement : à Marie Sacotte], a encore sa femme, et trois quatre enfants ; 3. Charles Sacotte Guillaume, marié [mots rajoutés ultérieurement : à Marie Benoît,] a encore sa femme, et un trois enfants, [mot rajouté ultérieurement : est] âgé de 42 ans. Ils étaient sur le chemin de fer au passage des premières troupes allemandes, on les en a fait descendre, on les a attachés à des arbres et on les a fusillés. Enterrés tout près, on est venu les rechercher le lendemain et ont les a reconduits à Haut-le-Wastia. [Phrase rajoutée ultérieurement : Ils y ont été enterrés le 27 août.] Des personnes de Marteau étaient cachées dans un trou, tout près et ont entendu la triste exécution.- Que faisaient ces pauvres hommes aux Allemands ? Rien, absolument rien. C'est pur assassinat.- Je reviendrai sur cette scène, mais pr cela je dois auparavant faire une enquête approfondie à Marteau et à Haut-le-Wastia. Je ne transcris à présent que sommairement ce que je sais.- Cette tuerie eut lieu le 24 août 1914.- [Ajouté ultérieurement : J'ai fait cette enquête le 28 janvier 1919. J'ai rectifié ci-dessus ; donc ce qui précède est bon. Voir plus loin p. 80 et 81 et 84.]

II Marteau. Le 15 août [année rajoutée ultérieurement : 1914] des canons français étaient postés dans le bois de Foy (ainsi appelé), et tiraient au delà de la Meuse dans la direction de Dinant.

Au passage des Allemands, [mots ajoutés ultérieurement : le 24 août] gens de Marteau visités et molestés. Josué Binon emporté par eux dans la direction de Sosoye jusqu'au Chêne, [mots rajoutés ultérieurement : près des Bénédictines de maredret]. Mr Morimont, notaire à St Gérard, sa femme et leurs trois enfants s'étaient sauvés à Marteau et sont restés deux ou trois jours chez Madame Vve Tonon.
(tout cela est à compléter après enquête sur place, que je ferai sans tarder.)

III Foy. (au dessus de Marteau.) [Date ajoutée ultérieurement : 24 août 1914.] Une maison brûlée, mais pas entièrement, par les Allemands, qui y ont mis le feu exprès pr terroriser car ils n'avaient absolument aucun autre motif ; personne ne leur avait rien fait ; on n'avait garde, on en avait bien trop peur ; on commençait à apprendre comment ils s'étaient conduits atrocement au-delà de la Meuse. Cette maison appartenait à la famille Delaire, à la Vve [mots rajoutés ultérieurement : remariée avec Désiré Chenu] et à ses enfants ; depuis elle a été refaite [Page 30] assez vite. Depuis elle a été achetée par Madame Vve Gathy-Devigne, fermière à Foy.

Le même 24 août 1914, tous les hommes de Foy, ont été recherchés, fouillés, liés deux à deux et les mains derrière le dos et emportés au milieu des troupes allemandes, à travers les campagnes de Foy et de Marchenne jusqu'au château de Monsieur Desclée, à Maredsous. Là ils ont été relâchés et ont pu rentrer chez eux,  plus morts que vifs, dans la soirée. Un jeune homme de Ham-sur-Sambre [rajouté ultérieurement : ou de Moustier S/S], Georges Mouthuy savait causer Allemand, le Colonel Allemand le tint toujours près de lui et les hommes de Foy pensent que c'est surtout à lui qu'ils doivent leur salut. Ces hommes de Foy étaient au nombre de 26 (environ) 23. 26 environ. Nous citerons leurs noms avec détails après enquête sur place.

IV A la Forge. Quand les premiers Allemands sont apparus à la Forge après le pont de la Molignée, des soldats (Belges) [mots rajoutés ultérieurement : ou Français] tirèrent sur eux des bois au-dessus [mot rajouté ultérieurement au crayon : près] (et au midi) [parenthèses rajoutées ultérieurement au crayon] de la gare de Falaën ; deux chevaux furent tués et moururent l'un sur le pont de la Molignée et l'autre y remontant à Foy, assez près du pied de la route. Les Allemands d'abord se cachèrent ds les caves et derrière des murs de la Forge, puis s'étant montrés, devenus furieux, ils incendièrent deux maison de la Forge, appartenant à Auguste Baivy-Tonon et une grande grange appartenant au même. La principale de ces maisons était occupée par Auguste Baivy lui-même, l'autre était louée à Julien Blaise-Menony. C'est à la suite de ces coups de feu très légitimes, puisque c'est la guerre faite par les Allemands à la Belgique et qu'ils ont été tirés par des soldats, que les Allemands montèrent à Foy et y firent ce que ns avons raconté plus haut. De plus, ils avaient peur de traverser les campagnes de Foy et de Marenne, vers Maredsous, c'est pour cela qu'ils mettaient lâchement des Belges innocents au milieu d'eux, pour que nos soldats cachés dans les bois à la suite de la retraite de Namur, la veille et ce 24 toute la matinée par Sosoye, eussent pitié de ces pauvres Belges et ne tirassent par sur eux Allemands. A cause de ces quelques coups de feu, tout le corps d'Armée Allemand venant d'Anhée fut arrêté pendant environ 2 heures. C'était l'avant-garde qui était arrivée à la Forge, la tête de la colonne ennemie était à Marteau.

V. Gare de Falaën. A cause aussi de ces quelques coups de feu les Allemands tirèrent [mots rajoutés ultérieurement : assez bien de coups] {dans/contre} la gare et {dans/contre} les hôtels Couturier - Falmagne et Devigne - Minne. Beaucoup de monde était dans ces hôtels ; ce fut une panique indescriptible. Personne toutefois ne fut [Page 31] atteint - [Phrase rajoutée ultérieurement : On se cachait le mieux possible derrière les murs, à l'intérieur,-], sauf Mlle Elvire Devigne qui fut un peu blessée à la joue et à l'oreille par une balle de révolver, tirée presque à bout portant [mots rajoutés ultérieurement : sur elle par un soldat Allemand].- Les Allemands mirent le feu au magasin du chemin de fer, vis-à-vis de la maison du piqueur Demassez et de l'hôtel Devigne. Ce magasin était très bien fourni et l'incendie dura fort longtemps.

VI. Sosoye. Du 15 au 23 août [année rajoutée ultérieurement : 1914] nous avons eu et vu à Sosoye beaucoup de soldats français, allant vers Dinant ou vers St Gérard. Tous étaient très affables et furent très bien reçus par la population ; le caractère français est aimable et distingué.

Le 15 août 1914 bataille de Dinant, où les Allemands furent refoulés. On entendait d'ici, cela se comprend, les coups de canons, mais [mot rajouté au crayon : et] même les coups des mitrailleuses et des fusils.

23 août.-
Après les Vêpres les pauvres gens qui fuyaient de Falisolles, Fosses, St Gérard, etc..., de toute cette région, commencèrent à arriver en foule à Sosoye et à Maredret. Les uns passaient outre, allant vers la France ; d'autres sont restés, n'allant pas plus loin ; ils trouvaient qu'ici le village était calme ; nous ne savions pas alors ce qui s'était passé au delà de la Meuse et de la Sambre, à Dinant, Spontin et à Tamines, sans quoi tout le monde se serait sauvé aussi en France. Après coup, nous sommes contents d'être restés, vive toujours son pays ! Sosoye était archiplein de ces pauvres gens qui fuyaient, à pied, en chariots, sur des brouettes, de toutes les façons ; c'était lamentable à voir. On peut sans exagération porter de 1000 à 1500,
[expression rajoutée ultérieurement :ou deux fois autant], le nombre de ces personnes qui ont passé rien que par Sosoye.- Ca été la même chose à Maredret. Environ 200 [nombre rajouté ultérieurement au crayon] ou 300 personnes ont logé dans l'église de Sosoye. On a reçu tout le monde de son mieux, donnant à manger et à boire et pour le coucher tout ce qu'on avait.- Jusque vers le soir de ce 23 août on entendit formidablement les canons des batailles de Dinant, Namur, Tamines et Charleroy. A Denée ou St Gérard il y avait aussi des canons français qui ripostaient. Vers 5 hes un avion Allemand suivit toute la Molignée, allant vers Dinant ; beaucoup de coups de fusil contre lui sans l'atteindre. Sur le soir, des hauteurs de Sosoye, on voyait de nombreux incendies, surtout quatre grands, dans la direction de Dinant, au-delà de la Meuse. Je les ai vus moi-même, j'étais allé sur la Montagne, au Nord de Sosoye, vers 5 ou 6 hes. Malgré cela je n'étais pas effrayé, je pensais que les Allemands ne passeraient pas la Meuse. Or à 7 hes du soir, nous l'avons su après, elle était passée.

Vers 9 hes du soir [expression rajoutée ultérieurement : ,ou 9 hes 1/2,] toujours le 23 août, arrive au presbytère, exténué, un prêtre brancardier [Page 32] flamand, l'Abbé Demolder de Louvain, et il me dit que Namur est abandonné et que le Général Michel, commandant de Namur, et son état-major sont arrêtés ici tout près. Je sors, et en effet, je les trouve tout contre chez moi, dans la maison occupée par Jules Burlet. (maison appartenant à Nicolas Baudart, Brasseur.) Les généraux Michel et Henrard délibéraient. Ils étaient en tout 15 officiers et avaient décidé de loger à Sosoye.- Je leur trouve des lits ; puis le Général Michel se ravise et me dit qu'ils ne sont pas sûrs assez ici, qu'ils partent pour Rosée. Michel et les officiers sont calmes et nullement déprimés. Ils étaient à cheval ; une petite automobile les précédait. Le Général Michel, fort gentil, m'explique qu'il avait bien fallu ordonner la retraite de Namur, sans quoi qu'ils étaient absolument enveloppés [mot rajouté ultérieurement : encerclés] par d'immenses forces ennemies, que les canons donnant sur les forts détruisaient tout, (C'étaient, paraît-il des 0,42 Autrichiens,) qu'ils creusaient des trous énormes et soulevaient la terre aussi haut que notre clocher.- On se souhaite bonne chance et bon courage et puis : Au revoir.- Commencent alors à arriver de nombreux brancardiers prêtres, moines de Maredsous et Instituteurs ; puis deux blessés français, la jambe transpercée par une balle, viennent de Sommière. On les soigne et on les couche de notre mieux. Toute la nuit on fait le café, on donne à manger et on rend service. A 11 hes du soir on m'appelle pr administrer chez Urtrel Lurquin [expression rajoutée ultérieurement : , près du pont du chemin de fer,] une femme du Bâtiment, à St Gérard ; mais ce n'était qu'un syncope. Elle était étendue sur des chaises ; il aurait fallu voir au milieu du brouhaha la désolation de ses deux enfants, d'environ 39 ans, autour d'elle ! Du monde, du monde plein Sosoye, toutes les maisons archiremplies ! -

24 août.- Dès le matin commencent à passer, tantôt en bon ordre, tantôt autrement, les soldats ; ils viennent de la direction de Marehenne [mot rajouté ultérieurement au crayon : Marenne], ou bien, venant de Bioulx à travers champs, ils dévalent des montagnes et se dirigent vers les Bierts ; parfois très nombreux, parfois moins, à certains moments, plus rien. Vers 8 hes 1/2 des coups de feu ! Qu'y a-t-il ? Du monde plein ma maison et on se précipite ds les caves, où l'on prie tout haut et de bon coeur. Huit ou dix Allemands, Hussards de la Mort, venaient d'arriver à toute vitesse, à cheval, du chemin qui vient de Maredret. Deux furent tués net, ainsi que trois chevaux, par des soldats Belges, qui se trouvaient de ce côté-ci du pont du chemin de fer et derrière le cabaret Urtrel Lurquin. L'un de ces Allemands gisait au pied de l'escalier qui monte à l'arrêt de Sosoye et l'autre environ 30 mètres plus loin, au milieu du chemin qui va à Marteau. Je suis allé les voir aussitôt pour les soigner et leur donner l'absolution, s'il y avait lieu. Ils étaient bien morts. Sur le chemin silence absolu, tout le monde avait fui [expression rajoutée ultérieurement : dans les caves] et se cachait : c'était sinistre. J'ai été content quand je fus rentré chez moi.- Un cheval blessé, s'est relevé et est allé mourir au-delà de Chertin ; un autre était mort [Page 33] tout à côté de son cavalier, vis-à-vis du jardin d'Emile Colot-Arnould, un troisième est mort un peu au-delà du cimetière, en allant vers Marteau. Il est probable que le soldat qui le montait se sera caché dans le bois, au-dessus de la chapelle de N. Dame de Lorette. Deux autres Hussards n'ont pas été atteints et sont allés vers la gare de Falaën ; 3 ou 5 autres, entendant les coups de feu, ont rebroussé chemin vers Maredret.- Petit à petit on sortit des caves et on s'empressa, le garde-champêtre et plusieurs hommes, d'enterrer les deux soldats tués et les deux chevaux, dans la prairie de la ferme au delà du cimetière, dans le coin où la Molignée rejoint la route de Marteau. Dans la précipitation on enterra les hommes avec les chevaux.- Peu de temps après on reprit les hommes et on les enterra dans le cimetière.- Vers 11 hes 1/2 cette besogne était finie. La retraite de Namur s'opérait toujours, jusque vers midi 1/2. Plusieurs soldats se sont déshabillés et n'ont pas continué vers la France. D'autres pour aller plus vite avaient jeté leur sac ; sur Sosoye on en retrouva environ 200 ; mais continuaient quand même à suivre l'armée : il fallait se presser, l'ennemi n'était pas loin (1) [note ajoutée en bas de la page 33 : On conseillait à Alexandre Guilmin, garde des mrs Desclée, demeurant entre le château de Maredsous et Maredret, de ne pas aller plus loin non plus, de se déshabiller aussi ; il est marié et père de 3 enfants ; à Sosoye ce très bon époux et père est à une demi-heure de chez lui ; il répondit courageusement : ce je ne puis pas et je ne veux pas. Au revoir !! et il fit toute la guerre et revint sain et sauf.]. En effet, venant de Marteau, le Corps d'armée [mot rajouté ultérieurement au crayon : Allemand] arrivait à Sosoye vers deux heures 1/2 après-midi [expression rajoutée ultérieurement : ou 3 heures] et se dirigeait vers Maredret. Ils passèrent ainsi ce jour-là, 24 août, les Allemands, jusque vers 9 hes du soir [expression ra joutée ultérieurement : sans discontinuer.] Le lendemain mardi il en passa de nouveau pendant trois heures dans la matinée et pendant deux heures dans l'après-midi. Du mercredi soir au jeudi matin, Sosoye en a logé ds l'église, les maisons, les granges, les écuries et sur les chemins cinq mille. Puis ce fut tout pour les passages. Et dans mon optimisme malgré tout, je pensais que toutes ces troupes ne tarderaient pas à repasser, poursuivies vers le Rhin par les nôtres. Il en aurait été réellement ainsi, dit-on, après l'éclatante victoire de la Marne, si la France avait été mieux préparée à la guerre. J'ai toujours été très optimiste tout le temps de la guerre, si bien que parfois plusieurs ont ri de moi et ont haussé les épaules en m'entendant prêcher et parler ; je l'ai été [mot rajouté ultérieurement : optimiste] au plus haut point, et absolument sûr alors de la victoire, lorsque les Etats-Unis d'Amérique se sont mis avec nous. Je n'ai eu de toute la guerre qu'une surprise, mais sans découragement, c'est lorsque la Russie nous abandonna lâchement. Je voyais l'Allemagne lancer toutes ses armées de l'Est à l'Ouest ; les Américains commençaient seulement à arriver ; et je me demandais comment nos Alliés pourraient soutenir un si formidable choc. Je croyais encore à la Victoire finale, mais après un long temps. Mais l'Allemagne et l'Autriche étaient déjà affaiblies en vivres et en munitions et l'Angleterre donnait de toutes ses forces avec l'admirable France. C'est ce qui nous sauva.

[Page 34].

Une demi-heure après que les deux soldats Allemands eurent été tués à Sosoye, tous les nombreux étrangers réfugiés chez nous avaient fui. Ils comprenaient que notre situation était mauvaise et qu'il était imprudent de rester encore ici.- Je rencontre l'échevin Jules Chenu et je lui dis : Ca ne va pas bien pour Sosoye.- Il me répond : Mauvaise ! - Je reprends : Eh bien ! si on m'interroge, je dis qu'ils ont été tués régulièrement par des soldats Belges, qui ont fait leur devoir, et puis : A la garde de Dieu, que les Allemands fassent ce qu'ils veulent.- Chenu me répond : Moi aussi je le dirai.- Nous n'avons jamais été interrogés là-dessus ni personne, de tout le temps de la guerre.

J'affirme, moi prêtre, en mon âme et conscience, que dans toute la paroisse, Sosoye - Maredret - Foy-Marteau, il n'y eut jamais aucun franc-tireur et que jamais personne n'a songé à l'être. Nous avions tous grande peur des Allemands et celui qui dirait le contraire, [mots rajoutés ultérieurement : qui dirait] qu'il n'a pas eu peur, ment. Sur le matin du jeudi 28 27 août un soldat Allemand était posté de garde près de la chapelle Ste Barbe, à l'intersection des chemins allant vers Falaën et vers les Bierts, lorsquon tira [mots rajoutés ultérieurement : après lui] dans le bois plus loin, vers les Bierts ; le soldat accourut ds le village et un officier avec quelques soldats partirent ds la direction d'où l'on avait tiré, mais n'alla pas loin. Quant il revint Mr Simonard, habitant la Villa à côté de la chapelle, s'approcha de lui et lui dit que ce n'étaient pas des gens du village qui avaient tiré. Il L'officier fut satisfait. Ce n'est qu'assez longtemps après que j'appris cet incident qui aurait pu causer des difficultés au village.-

De Foy et Marteau personne ne s'enfuit en France. De Sosoye il y eut en tout sept personnes qui s'enfuirent en France et y restèrent jusqu'au commencement de 1919 : l'instituteur Houbion, sa femme et leur enfant de 2 ans. Ils avaient déjà quitté Sosoye le 15 août pour aller à Falisolles, village d'origine de la femme. Alphonse Barbier, employé aux téléphones ds le pays de Charleroy et qui se sauva de là ; il se maria en France et est présentement revenu avec sa femme. Marie Nocent Bodart, son mari Arthur Goblet et son frère Joseph Nocent Bodart, qui lui aussi s'est marié en France et fut soldat dans l'armée Belge.- A la date où j'écris ceci, 24 mars 1919, Arthur Goblet, Marie Nocent Bodart, son épouse et la femme de Joseph Bodart, une française, en sont pas encore rentrés.-

Dans la nuit du mercredi au jeudi, 27 au 28 26 au 27 août, j'eu cinq officiers à loger au presbytère. Rien de particulier à noter. L'un d'eux, von Brandoni, capitaine, parlait très bien le français, avait été interprète ds l'armée, me déconseillé d'aller à Jambes où habitait ma soeur, son fils et sa fille, avant 8 ou 10 jours, disant que c'était le commencement de l'occupation, que je pourrais avoir des difficultés en route.- Impatient d'avoir de leurs nouvelles, j'y suis allé le mercredi suivant, par les fonds de la Molignée et tout le long de la Meuse, voyage d'environ 30 kilomètres, par grande chaleur, et qui m'a paru fort long ; je n'ai eu aucune difficulté ni pour aller ni pr revenir le samedi suivant. Ma soeur et ses deux enfants étaient sains et saufs après avoir été extrêmement [Page 35] effrayés.- Un autre officier logé chez moi, Kneipfooz, je pense, très jeune et très fier, commença le jeudi matin une discussion pour justifier l'Allemagne et son bon empereur ! comme il disait, de la guerre. Je lui répondis que ce n'était pas le moment de discuter tout cela, que la Belgique avait fait son devoir et que ns voulions rester Belges. Madame de Pierpont continua avec lui d'une façon très vive, mais le mari de celle-ci mit fin à la chose.- Mr de Pierpont, Bourgmestre de Mettet, sa femme, un domestique, très brave et très franc, Emile....., provenant d'Upigny, et deux servantes, étaient réfugiés chez moi depuis le dimanche 24 23 au matin. Je les avais rencontrés sur la rue ; ils ne savaient où aller. Ils sont repartis pour Mettet le jeudi vers midi, après le départ des troupes Allemandes.- Dans deux maisons de Sosoye, des soldats Allemands se sont conduits avec la dernière impolitesse, faisant et laissant les plus grosses et les plus sales ordures dans les lits chambres, chez Victor Matthieu et chez Emile Bronkart.

Voilà tout ce que je sais sur Sosoye jusqu'au 28 27 août.

On m'a dit, est-ce vrai ?, que Sosoye était cité ds un livre Allemand comme ayant eu des francs-tireurs. S'il en est ainsi, c'est une énorme calomnie.- Au passage, le lundi 24 août, les Allemands ont brisé la porte de la maison de l'école pour enlever le drapeau Belge qui était arboré à l'étage ; ils ont enlevés tous les rasoirs de Urtrel Lurquin, barbier, près du pont du chemin de fer, tout contre la station.

VII. Maredret.- Au passage le lundi vers 2 hes 1/2 les Allemands ne firent rien à personne d'ici ; ils fouillèrent quelques hommes, leur firent lever les bras, puis commandèrent qu'on leur portât à boire, ce qu'on fit, moi comme les autres, mais pas pendant longtemps.- Belle et forte armée, il faut l'avouer, mais j'ai eu peur de ces hommes à la figure dure et qui tenaient en grand nombre leur révolver au poing, dirigé de notre côté ! Je suis rentré chez moi et n'ai plus reparu ce jour-là.

VII. Maredret.- Je sais peu de chose sur Maredret, je n'y étais pas. Beaucoup de monde dans le village le dimanche 23 août sur le soir, toutes gens fuyant de Falisolles, Arsimont, Fosses, St Gérard, Denée, etc... vers la France. Les uns passèrent outre, d'autres n'allèrent pas plus loin et retournèrent de là quelques jours après chez eux. Deux ou trois obus furent tirés et tombèrent près de chez Mr Desclée, au château de Maredsous, et près de l'Abbaye des Bénédictines, mais personne ne fut atteint. Les Bénédictins et les Bénédictines reçurent chez eux énormément de monde, les accueillirent tous avec la plus grande bienveillance et les logèrent et nourrirent, tant que la terrible tourmente fut passée. Tous ceux qui ont été si bien reçus chez eux, gens de Denée, de Maredret et d'ailleurs, s'en souviennent avec reconnaissance.

Mais voici la plus triste chose : lundi 24 août dans la matinée un paroissien de Maredret était tué ! C'est Emile Taton, âgé de 37 ans, veuf de Julia Delcroix, de Tamines, père d'Arthur Taton, âgé en 1914 de 14 ans, fils d'Alexandre Taton et de Rosalie Binon. Il se trouvait ce jour-là vers [Page 36] 9 hes du matin à la ferme de la Cour, au dessus de Maredret, près du four communal, attendant avec d'autres que le pain fut cuit.- Il faut savoir qu'alors, les boulangers d'Auvelais, de Mettet et de St Gérard ne venant plus vendre de pains, à cause de la guerre, on avait institué un four communal pr toute la commune de Sosoye, à la ferme de la Cour. Chaque famille devait y aller chercher son pain.- On entendait des coups de feu dans les environs. Taton sortit en disant qu'il allait voir ce qui se passait par là. Ses parents disent qu'il est possible qu'il ait voulu aller dans les Bierts voir ce que sa soeur, qui y habitait avec sa famille, était devenue. Taton ne revint pas. Vers 11 hes le bruit se répandit de Maredret qu'un homme tué gisait quelques centaines de mètres au-delà de la ferme de la Cour, au bord d'une carrière de sable. Alexandre Taton, son père, inquiet déjà du non retour d'Emile, alla voir et reconnut son fils. Celui-ci avait reçu une balle dans le cou. Est-ce une balle Allemande tirée par un Uhland ou un Hussard, qui circulaient déjà alors dans la campagne ? Est-ce une balle de révolver qu'il aurait reçue d'un de ces soldats et tirée à bout portant ? On ne sait. Serait-ce une balle Belge égarée, c'est très peu probable. Il faudrait déterrer le corps pr s'assurer. Je continuerai mon enquête là-dessus et transcrirai ce que j'aurai appris, si toutefois j'apprends quelque chose de nouveau. Quatre soldats Belges ont été tués par des Allemands dans cette même grande campagne, ce même jour, et vers ce même temps, dans cette campagne qui va vers le Beauchêne et vers Ermeton-sur-Biert.- On dit que l'artère Carotide avait été coupée par la balle ; l'hémorragie avait été très forte et Taton était déjà méconnaissable de la figure. Son père s'assura que c'était bien lui par son calepin qui contenait 800 frs. Pour avoir tiré si juste, on est porté à croire que ce fut à bout portant. Ce fut le Père Jérôme Picard, de Maredsous, qui enterra, seul avec les porteurs, Emile Taton dans le cimetière de Maredret le lendemain 25 août. [Phrase rajoutée ultérieurement : Voir plus loin la relation d'une Bénédictine, p. 123 du 2e cahier.] Voilà le plus exactement possible ce que je sais s'être passé de toute la paroisse de Sosoye au commencement de la guerre jusqu'au 27 août 1914.
 



Liber memorialis, 2ème cahier, page 148.
 



Emile Taton.
Liber memorialis
, 2ème cahier, page 148.
 

[Voir plus loin la relation d'une Bénédictine, 2ème cahier, pages 123 et 124].

Ajoute pour Marteau. Au passage des Allemands le 24 août 1914, visitant chez Josué Binon, près du pont de la Molignée, ils trouvèrent des cartouche anciennes Belges, qui provenaient des manoeuvres de 2 ou 3 ans auparavant ; ils soutinrent qu'il y avait des armes, mais n'en trouvèrent pas ; c'est alors qu'ils emportèrent avec eu Josué jusqu'au Chêne, près de Maredret.- 15 à 20 personnes durent rester sur le pont pendant 2 heures. Les hommes furent visités. Ils [mots rajoutés ultérieurement : les Allemands] volèrent des boucles d'oreilles en or et autres bijoux chez Josué Binon, tous les vins et toutes les boissons qu'ils y trouvèrent ; c'est un estaminet.

Ajoute pour Foy. Des allemands entrent chez Félix Delaire et crient qu'ils vont mettre [Page 37] le feu à la maison. La femme de Félix, Mathilde Thiry, toute perdue, leur répond : Oui, oui, brûlez ! - Alors ils lui disent : Non, pas ici.- Ils sortent et incendient la maison voisine ; une partie seulement de cette maison fut détruite.
 

Liste des Soldats de Maredret, Sosoye et Foy-Marteau pendant la guerre 1914 à 1918 : 19 soldats en tout dont 1 tué, 1 mort de maladie et 2 blessés.

Maredret.- [souligné deux fois] Télesphore Lemaire, Volontaire dès la première heure, a été blessé plusieurs fois.
Sylvain Cassart, a fait toute la guerre, depuis Liège jusqu'à la fin.
Firmin Cassart, frère du précédent ; au lieu d'aller à la réquisition des hommes à Fosses, le 25 novembre 1916, a continué plus loin, a passé la frontière Hollandaise et est allé rejoindre son frère au front, ce dont il est universellement loué et admiré.
[phrase ajoutée ultérieurement : Est rentré en bonne santé.]
Omer Belge, prisonnier en Allemagne depuis Namur, août 1914.
Henri Dessomme, professeur à l'école moyenne de l'Etat à Fosses ; brancardier ; a fait toute la guerre.
Joseph Vandeloise, marié, père d'un enfant, a été blessé à Namur ; s'est enfui de l'ambulance de Floreffe et a regagné le front par la Hollande ; a servi jusqu'à la fin.
Joseph Gilbert, prisonnier en Hollande depuis la retraite d'Anvers.
Omer Sélecht, prisonnier en Allemagne depuis Namur, août 1914.
Ernest Minet, officier de réserve ; ci-devant avec sa femme au Congo ; y a combattu et est revenu ensuite au front en France Belgique jusqu'à la fin de la guerre ; a à présent le grade de Capitaine.
Victor Debuisson, sous-officier de gendarmerie ; a fait toute la guerre et est mort tout à la fin de la grippe
[mots rajoutés ultérieurement : appelée grippe Espagnole], à Paris. Ses parents habitaient Surice avant la guerre ; leur maison y a été brûlée par les Boches en 1914, c'est alors que sa/cette famille est venue rester à Maredret.
Maurice Sténuit.-

Sosoye.- [souligné deux fois] Léon Scailteur, marié, père de trois enfants, a fait toute la guerre ; habitait Anthée avant août 1914 ; leur maison y a été brûlée par les Boches.
Emile Deruette, prisonnier en Allemagne depuis la retraite de Namur, fin août 1914.
Paul Baudart, a combattu jusque fin octobre 1914 ; fait prisonnier à Pervyse sur l'Yser, il a été conduit en Allemagne jusque la fin de la guerre.
Jules Grevesse, domestique à la brasserie de Mr Nicolas Baudart, est mort au champ d'honneur ; était domicilié ici avant la guerre. C'était un jeune homme modèle sous tous rapports. Voici son portrait
[rajouté ultérieurement au crayon : , p. 40]
(Voir la suite deux pages plus loin.)

[Page 40].

et son souvenir mortuaire :
 



Gloire, Honneur et Reconnaissance

A notre cher et vaillant compatriote

J U L E S  G R E V E S S E

Soldat au régiment des grenadiers

2
e bataillon, 2e compagnie

né à Jeneffe le 22 Mai 1892
domicilié à Barvaux (Havelange)
décédé à l'ambulance Elisabeth, à Calais, le 5 Mai 1915
et inhumé au cimetière de Calais-Nord, le 6 Mai

 

Alfred Barbier, prisonnier en Allemagne depuis la retraite de Namur.
Maurice Huet, provenant de Sohier (Wellin), garde-forestier pour les messieurs Desclée de Tournay, a fait toute la guerre.
Joseph Bodart, sauvé en France le 23 août 1914, y a été soldat.
Alphonse Barbier, sauvé en France le 23 août 1914, y a servi.
Raould Pequet
[rajouté ultérieurement au crayon].
Marteau.- [souligné deux fois] Omer Menoni, a fait toute la guerre au front.-
Pas de soldat de Foy.
 

Au commencement de la guerre jusqu'au 23 août [in(clus)], sur le soir, tout le monde à l'église pr prier, elle était pleine ; on récitait le chapelet, les litanies des Saints et on chantait 3 fois Pace, Domine. La Crainte !- Pendant les 2 premières années de la guerre, depuis avril jusque Octobre, donc au bon temps, nous avons fait le dimanche après-midi, des pèlerinages à toutes les chapelles de toute la paroisse et de plus chez les Bénédictines et les Bénédictins. Ils sont été très bien suivis ; le moins c'était 100 grandes personnes, il y en a eu jusqu'à 300. Nous avons fini à cause des Boches qui défendirent toutes manifestations. Pendant tout le temps de la guerre on ne fit plus la procession de Tr. S. Sacrement ni la procession du 15 août. Les deux dernières années on ne fit plus non plus les rogations en dehors de l'église.

[Page 41].

Commune de Sosoye.

Liste des déportés en Allemagne le 29 novembre 1916.
Ca été la plus triste journée pr Sosoye - Maredret de toute la guerre. Déchaîner la guerre sur l'Europe, passer par la Belgique, tuer les civils Belges par milliers et déporter les ouvriers en Allemagne : quatre fautes commises par l'orgueilleuse, menteuse et barbare Allemagne.

M veut dire de Maredret ; S veut dire de Sosoye ; F de Foy ; Mr de Marteau.

Nom et prénoms :   Profession : Date du rapatriement :
Michaux François. M. Houilleur. 28 mars 1917.
Bronkart Emile. S. Ouvrier d'usine. 18 avril 1917.
Chenu Alexandre (Télesphore). S. Entrepreneur. 17 mars 1917.
Raiwez Paul. M. Ardoisier. 8 avril 1917.
Wat Emile. M. Ouvrier d'usine. 19 février 1917.
Coppée Joseph. M. Ouvrier Agricole. 9 juin 1917.
Lambert Louis. M. Concierge et ouvrier de bois
et de jardin.
2 mars 1917.
Hilson Jean-Baptiste. M. Ouvrier d'usine. 2 mars 1917.
Beaujean Emile. M. Scieur de long. 14 janvier 1917.
Piron Léon. M. Piocheur au chemin de fer. 28 mars 1917.
Gelay Ferdinand. M. Electricien. 16 mai 1917.
Minet Edmond. M. Menuisier. 28 mars 1917.
Collart Jules. M. Aide-jardinier. 31 décembre 1916.
Baivy Joseph. S. Ouvrier d'usine. 2 mars 1917.
Balthazart Victor M. Journalier. 2 avril 1917.
Sorée Arthur. M. Journalier. 2 avril 1917.
Tumsonet Nicolas-Yh (Léon). S. Journalier. 28 mars 1917.
Cobut Omer. S. Machiniste. 18 avril 1917.
Barbier Alfred. S. Maçon. 30 juin 1917.
Génard Oscar. S. Employé. 2 février 1917.
Delbart Martin. M. Journalier. 10 mai 1917.
Hayot Arthur. M. Journalier. 31 décembre 1916.
Belge Fernand. M. Employé. 31 décembre 1916.
Louis Joseph. M. Employé. 25 avril 1917.
Sorée Jules. M. Aide-jardinier. 17 mars 1917.
Séleck Maximilien. M. Jardinier. 29 janvier 1917.
Portugaëls Arnold. M. Domestique de château. 17 mars 1917.
Collard Adolphe. M. Cultivateur. 2 mars 1917.
Dozot Jules. S. Menuisier. 16 juillet 1917.
Deruette Joseph. S. Piocheur au chemin de fer. 30 juin 1917.
[Page 42] Gillain Emile. S. Poseur au télégraphe. 16 juillet 1917.
Pirson Maurice. S. Poseur au télégraphe. 1 juin 1917.
Copette Emile. S. Agréé au chemin de fer. 17 juillet 1917.
Michaux Alfred. M. Ouvrier marbrier. 28 mars 1917.
Arnould Joseph. S. Cultivateur. 30 avril 1917.
Georges Jules. S. Peintre. 9 février 1917.
Mathieu Victor. S. Cultivateur. 10 mars 1917.
Michaux Arthur. M. Journalier. 5 août 1917.
Bernard Arthur. S. Houilleur. 28 mars 1917.
Dehenneau Jules. S. Domestique. 10 mars 1917.
Leduc Jules. S. Houilleur. 25 janvier 1917.
Deruette Guillaume. S. Journalier. 9 février 1917.
Georges Léon. M. Journalier. 28 mars 1917.
Bernard Octave. S. Houilleur. 16 juillet 1917.
Billiart Achille. M. Journalier. 9 juin 1917.
Colot Emile. S. Machiniste. 25 septembre 1917.
Spineux Désiré. S. Tailleur d'habits. 2 mai 1917.
Hôtelet Jules. M. Menuisier. 28 mars 1917.
Debuisson Charles. M. Ouvrier d'usine. 2 mars 1917.
Debuisson Eloi. M. Ouvrier d'usine. 28 mars 1917.
Burlet Jules. S. Commis brasseur. 28 mars 1917.
Michaux Hypolite. (Hyppolyte.) M. Ouvrier marbrier. 30 juin 1917.
Gravy Désiré. M. Commis des Postes. 2 mars 1917.
Spineux Amand. S. Piocheur au chemin de fer. 17 mars 1917.
Stiennier François. M. Chauffeur d'automobile 27 mars 1917. (*)
Noël Léon. M. Machiniste. Ouvrier d'usine. 1er juillet 1917.

(*) mort à Liège le 11 avril 1917.

Tous ces hommes partirent de Fosses, où avait lieu la réquisition, vers 3 hes après-midi, sur un immense train amené là tout exprès pour achever cette sale besogne des Boches. Nous étions là dès 8 hes du matin ; chemin fait à pied ; j'avais dit la messe à 4 hes du matin. Sosoye - Maredret a passé à 10 hes 1/2 et cela a duré en tout douze ou 15 minutes. Choix rapide, très rapide, si toutefois on choisissait. Nous étions tous parqués dans la grande prairie vis-à-vis de la Gendarmerie. L'affaire s'est faite on s'est compté, les parents pleuraient, désolation générale. On ne s'imagine pas encore assez combien elle fut grande ; il faut y avoir assisté. Mais tous ces hommes n'étaient pas chômeurs, ils avaient tous de la besogne à la Fabrique de pâte de pommes [Maredret] et ailleurs, mais on voulait les faire travailler en Allemagne pour pouvoir envoyer plus de soldats contre nous au front.

[Page 43].

Paroissiens de Foy-Marteau, enlevés le 4 décembre 1916 à la réquisition de Dinant.

    Profession : Rapatriés :
Julien Blaise. A la Forge. Journalier. 8 juillet 1917.
François Laloup. Foy. Ouvrier au télégraphe.  
Adrien Fautré. Foy. Journalier. Domestique.  
Vital Renard. Foy. Maréchal-ferrant.  
Maurice Gelay. Foy. Domestique. 8 juillet 1917.
Victor Spineux. Foy. Cultivateur. 18 juin 1917.
Jules Remacle. Marteau. Maçon. 8 juillet 1917.
Louis Binon. Marteau. Ouvrier du chemin de fer. Mort en exil à Soltau.


Tous les hommes de Sosoye et de Maredret furent transportés à Kassel.
Ceux de Foy - Marteau furent transportés à Soltau ou Soldau.
Ferdinand Geley, de Maredret, fut transporté à Guben.

Premier cahier.


 

[Page 55].

Le chemin de fer de la Molignée, depuis Anhée jusque Aisemont, a été défait complètement, les rails et les ponts de fer ont été enlevés, en 1916, par des ouvriers Belges, de mauvais Belges, sous la conduite et la surveillance d'un Allemand. Il a été refait assez lestement et solidement, en Juin et Juillet 1919, sous la conduite de Mr Demassez, piqueur près de la gare de Falaën ; 125 ouvriers environ y travaillaient.

Le premier train de voyageurs est venu d'Yvoir jusqu'à Falaën le 13 juillet 1919 ; il a continué jusque Ermeton-sur-Biert le 5 août suivant.

Premier cahier.


 

[Page 59].

L'Empereur des Allemands, Guillaume II, est venu visiter les Abbayes de Maredsous et de Maredret et l'école des métiers d'art le 23 juin 1916, veille de l'Adoration de Maredret. Il y avait 7 automobiles ; ils venaient du côté d'Ermeton, sont passés à Sosoye et se sont arrêtés quelque temps vis-à-vis du vieux Château-fort, aujourd'hui en ruines, de Montaigle, au-delà de Marteau.

Premier cahier.


 

Tour joué aux Boches pendant l'occupation.- Relation adressée après la guerre à Mr Robinson Smith, rue du Gentilhomme, 11, Bruxelles.

"Au début de la guerre, comme cela avait du reste été fait dans toutes les communes, les armes de la Section de Sosoye avaient été déposées dans une dépendance de l'école communale de Sosoye ; de même après la retraite des troupes Belges et Françaises, il fut ramassé dans la seule section de Sosoye environ 80 fusils de l'armée et au moins 3 000 cartouches, plus un caisson français rempli de munitions, qui furent également déposés au même endroit.

Lors de l'occupation Allemande, les Boches omirent d'enlever les armes et munitions dans la section de Sosoye, contrairement à ce qu'ils firent à Maredret, où les armes avaient été aussi déposées à l'école communale, et partout ailleurs.

Pour les soustraire aux Allemands, nous nous dévouâmes à 4. Une nuit d'octobre 1914, nous creusâmes un trou en dessous du préau de l'Est de l'école (cours des petites filles, à côté du jardin de l'Instituteur ; l'école de Sosoye est ce qu'on appelle une école mixte pour garçons et pour filles ; les cours sont séparés par un mur : la cour des filles est à l'Est et la cour des garçons à l'Ouest) et nous y déposâmes toutes les armes et munitions. (Environ 200 sacs de soldats avaient été abandonnés sur Sosoye le 24 août 1914 ; on les avait ramassés et déposés sous le même préau de l'Est ; en une nuit ils disparurent presque tous ; on n'y laissa que quelques endommagés et mauvais). Tout avait été remis en ordre pour dissimuler notre cachette.

Fin octobre 1914 des troupes Allemandes cantonnant dans la Commune installèrent même pendant 5 jours le foyer pour faire leur cuisine juste sur l'emplacement où se trouvaient les munitions. Heureusement pour nous qu'il ne leur prit pas la fantaisie d'y enfoncer quelque chose et que la chaleur de leur feu fait par terre ne produisit par la déflagration de la poudre.

Vers la fin mars 1916, par suite d'une dénonciation, la police secrète Allemande arrive un matin à Sosoye pour perquisitionner et fouiller dans les dépendances de l'école ; ils sondèrent à plusieurs endroits, mais toujours à côté de celui où se trouvaient les armes et les munitions. Obligés de retourner bredouille, malgré, disaient-ils, qu'ils avaient la certitude qu'il y avait des armes, ils déclarèrent qu'ils reviendraient le lendemain pour continuer les fouilles, mais la nuit suivante les armes et les munitions furent enlevées par nous et jetées dans la rivière. (Lourds les Boches ! ils n'avaient qu'à garder la place ; sans garde il est évident que, s'il y avait quelque chose, vite, aussitôt après leur départ, on allait l'enlever.)

Quand ils revinrent le surlendemain ils pouvaient chercher, tout avait disparu et ils durent encore s'en retourner comme la première fois."

Cette relation, sauf les parenthèses, est de Mr Edouard Lenoble-Chenu, entrepreneur à Sosoye. Pendant ce temps on n'était quand même pas très à l'aise à Sosoye ; s'ils avaient trouvé les armes la commune était condamnée à une forte amende et très probablement plusieurs d'entre nous étaient transportés en Allemagne pour longtemps. Pour un fait pareil le Père Robert de Peissant, prieur de l'Abbaye de Maredsous a été condamné à 2 ans et demi de prison. On avait enfoui chez eux toutes les armes retrouvées, armes des blessés de l'ambulance et autres, environ 70 fusils, pour ne plus les laisser traîner partout et pour ne pas les donner bêtement à nos ennemis. Sur dénonciation encore on trouva la chose et le P. Prieur, en prit crânement la responsabilité.- Les armes enfouies depuis longtemps ne valaient plus rien ; n'importe, il paraît que de cela les Allemands firent grand bruit partout dans leurs journaux : "Des moines francs-tireurs ! Un dépôt d'armes dans un monastère ! etc..."

Premier cahier - Pages 59 à 61.


 

Voici des renseignements sûrs et définitifs, que je cherchais depuis longtemps, sur la mort tragique d'Emile Taton, de Maredret, le 24 août 1914, dans la matinée. Voir 1er cahier, page 35. J'avais entendu dire qu'une Religieuse Bénédictine l'avait vu tuer ; je me suis informé et voici la relation que je reçois le 15 mai 1923 de Soeur Caecilia Joyce Marmion, O.S.B., Irlandaise d'origine, nièce du Révérendissime Abbé de Maredsous, Dom Columba Marmion, qui est mort il y a quelques mois : "C'était le lundi 24 août 1914, vers 8 heures du matin. De la fenêtre de notre petite cellule je regardais, dissimulée derrière le rideau, le village de Maredret, qui était désert, car presque tous les habitants du village s'étaient réfugiés dans notre cave. Tout à coup je voyais sur un talus derrière la ferme de la Cour un homme qui s'avançait en ramassant par terre des objets qu'il mettait ensuite dans sa poche. On nous dit plus tard que ce fut des armes, mais j'ai peine à le croire car il les mettait dans ses poches, et j'ai cru alors que ce devaient être des cartouches ou de l'argent, car la route était parsemée de toutes sortes d'objets jetés ça et là par les soldats français lors de la débacle. (Note de moi : lors de la retraite de Namur et de la Sambre). Je n'ai pas pu distinguer les traits de cet homme, étant trop éloignée, mais il ne me paraissait pas être bien jeune. [Note : il n'avait que 37 ans, c'était veuf de Julia Delcroix, a un fils, Arthur Taton, alors âgé de 14 ans ; c'était un ouvrier d'industrie travaillant alors aux laminoirs de Vireux (France), maigre, qui avait déjà beaucoup travaillé. J'ai son portrait, que je collerai ici après cette relation]. Je le regardais encore lorsque je voyais arriver par le chemin qui monte du village vers la ferme de la Cour et qui passe devant la chapelle de St Gérard, quatre Uhlans à cheval. Ils montaient doucement, s'arrêtant par moment comme pour inspecter les alentours, et ils avançaient vers le pauvre villageois qui ramassait innocemment ces curiosités. Celui-ci semblait ne pas se douter de leur présence. Hélas ! il ne savait pas que sa dernière heure avait sonné et que dans quelques instants il paraîtrait devant Dieu. Je tremblais pour lui, j'aurais voulu crier, lui faire signe, mais la distance était trop grande et la consigne était sévère : défense fut faite d'ouvrir les fenêtres ou même de tirer les rideaux. Je conjurais son bon ange de prévenir le pauvre homme à temps, mais Dieu en avait décidé autrement. Tout à coup le pauvre malheureux aperçoit les Uhlans, il veut se cacher et se précipite dans les buissons, mais les soldats ont vu leur proie et le chef des quatre, un gaillard grand et fort qui précédait les autres leur fit signe de rester sur la route, tandis que lui s'engage avec son cheval derrière les buissons à la recherche du villageois. J'entends un cri sauvage, qui me glaçait le sang, et je voyais le coupable (note : coupable de quoi ? mettons plutôt : l'innocent) sortir de sa cachette et aller au devant du soldat à cheval, les bras étendus dans un geste de supplication. Mais celui-ci jetait encore un cri et tirait un coup de révolver vers sa victime, qui tombait sur sa face. Alors le soldat approchait de lui et tirait deux coups pour l'achever, après quoi il rejoignait ses compagnons et partaient au galop continuant leur route. J'attendais encore quelque temps pour voir si la masse noire gisant à terre donnerait encore quelque signe de vie, mais rien ; je pleurais, je sanglottais sur ce pauvre inconnu et je récitais des De Profondis pour le repos de son âme. R.I.P. Je prévenais aussitôt Madame l'Abbesse et je demandais si quelque prêtre ne pouvait s'aventurer jusque là pour lui apporter quelque secours. Dom Aubert partait, mais il revenait bientôt avec la réponse que la mort avait été instantanée. Qu'il repose en paix !" Signé : Soeur Caecilia Joyce Marmion, O.S.B.

Note : l'emploi fréquent, pour raconter, de l'imparfait de l'indicatif au lieu du passé défini désigne bien une personne étrangère à notre langue, ici une Irlandaise.

2ème cahier, pages 123 et 124.